On récupère un bloc de savon de Marseille entamé, quelques fonds de savons glycérinés, un pain artisanal dont la couleur a viré. L’idée est simple : tout fondre et remouler. Sauf que ces trois savons ne réagissent pas du tout de la même façon à la chaleur. Avant de sortir la râpe et la casserole, il faut comprendre pourquoi, sous peine de se retrouver avec une pâte granuleuse impossible à lisser.
Savon glycériné, Marseille ou artisanal : ce qui change à la fonte

Un savon glycériné transparent fond de façon homogène et fluide. Sa composition, riche en glycérine et souvent complétée par des solvants, lui permet de passer à l’état liquide sans trop de résistance. Le revers : après remoulage, il reste sensible à l’humidité et ramollit plus vite qu’un savon classique.
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Le vrai savon de Marseille, cuit au chaudron avec une forte proportion d’huile d’olive, se comporte très différemment. Il ne fond pas, il ramollit. On obtient une pâte épaisse, parfois grumeleuse, qui demande plus d’eau et plus de patience pour devenir homogène.
Un savon artisanal saponifié à froid, souvent surgraissé, pose un troisième type de contrainte. Son surplus d’huiles non saponifiées peut rancir si on le surchauffe. Et surtout, un savon artisanal doit avoir terminé sa cure avant d’être refondu (au moins quatre semaines après sa fabrication), faute de quoi la saponification incomplète rend le résultat imprévisible, voire irritant pour la peau.
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Vrai ou faux Marseille : vérifier avant de fondre

On trouve sur le marché une majorité de savons étiquetés « Marseille » qui ne respectent pas la composition traditionnelle. Certains contiennent de l’huile de palme, des parfums de synthèse ou des agents durcissants. Ce n’est pas un détail cosmétique : la composition modifie directement la dureté, la solubilité et le comportement à la fonte.
Un Marseille authentique (huile d’olive majoritaire, sans colorant ni parfum ajouté) donne une pâte souple qui se remoule bien, avec un séchage lent. Un « faux » Marseille chargé en graisses animales ou en huile de coprah fond plus vite mais durcit de manière irrégulière, avec parfois des fissures au démoulage.
Avant de râper un savon pour le refondre, on retourne le pain et on lit la liste des ingrédients. Si elle mentionne « sodium tallowate » (suif) ou une longue série d’additifs, le comportement au remoulage sera différent de ce que promettent les tutoriels classiques.
Méthode au bain-marie pour fondre et remouler du savon
Le bain-marie reste la technique la plus fiable pour tous les types de savon. La montée en température est progressive, ce qui limite la surchauffe et préserve les huiles résiduelles d’un savon artisanal surgraissé.
Préparation avant la chauffe
- Râper le savon finement à la râpe à fromage : plus les copeaux sont petits, plus la fonte sera régulière et rapide
- Ajouter un peu d’eau (environ une cuillère à soupe par poignée de copeaux pour le Marseille, moins pour le glycériné qui fond seul)
- Pour un savon artisanal, vérifier le pH avec une bandelette avant de commencer : un pH encore élevé signale une saponification incomplète
Fonte et remoulage
On place les copeaux dans un récipient résistant à la chaleur, au-dessus d’une casserole d’eau frémissante. On remue régulièrement avec une cuillère en bois. Le savon glycériné devient liquide en quelques minutes. Le Marseille prend plus de temps et garde une consistance de purée épaisse : c’est normal, on ne cherche pas un liquide fluide.
C’est à ce stade qu’on peut ajouter quelques gouttes d’huile essentielle ou un colorant naturel (argile, curcuma, spiruline). On verse ensuite dans les moules en silicone, on tasse bien pour chasser les bulles d’air, et on laisse sécher.
Le séchage d’un savon remoulé prend plus longtemps qu’on ne le croit. Pour un Marseille refondu, compter plusieurs jours dans un endroit sec et ventilé avant de démouler. Un glycériné durcit plus vite, souvent en quelques heures, mais reste mou en surface si l’air est humide.
Erreurs concrètes qui gâchent le remoulage
La première erreur, c’est la surchauffe. Au micro-ondes, un savon glycériné peut bouillir en quelques secondes et perdre sa transparence définitivement. Le Marseille chauffé trop fort devient cassant après séchage. Le bain-marie à feu doux reste la méthode la plus sûre pour éviter ces deux écueils.
Deuxième piège : ne pas adapter la quantité d’eau au type de savon. Trop d’eau dans un glycériné le rend collant et mou. Pas assez d’eau dans un Marseille laisse des grumeaux impossibles à lisser dans le moule.
Troisième erreur fréquente : remouler un savon artisanal saponifié à froid qui n’a pas terminé sa cure. On obtient alors un savon dont le pH reste trop alcalin, potentiellement agressif pour la peau. Les retours varient sur ce point selon les recettes d’origine, mais la règle des quatre semaines de cure minimum avant refonte est un repère fiable.
Adapter le moule et le séchage au type de savon refondu
Les moules en silicone souple conviennent à tous les types. Pour un savon glycériné, on peut aussi utiliser des moules rigides en plastique, car le démoulage sera facile grâce à la souplesse naturelle de ce savon.
- Savon glycériné : démoulage possible après quelques heures, séchage complet rapide
- Savon de Marseille refondu : attendre au minimum deux à trois jours avant de démouler, puis laisser sécher encore plusieurs jours à l’air libre
- Savon artisanal surgraissé : stocker le savon remoulé dans un endroit sec et frais, car l’excès d’huiles peut provoquer un rancissement en milieu humide
Un savon de Marseille refondu n’aura jamais exactement la même texture que l’original cuit au chaudron. Il sera légèrement plus friable, avec un aspect mat. C’est normal et n’affecte ni l’efficacité ni la durée de vie du savon. Le glycériné, lui, retrouve assez fidèlement sa transparence si on évite de le surchauffer et de trop le brasser.
Fondre du savon pour le remouler fonctionne bien à condition de traiter chaque type de savon selon sa composition réelle, pas selon son étiquette. Un vrai Marseille, un glycériné transparent et un artisanal surgraissé demandent chacun leur propre dosage d’eau, leur propre tempo de chauffe et leur propre temps de séchage.